FRANCE DOULEURS
FRANCE DOULEURS

Douleur et travail

Le médecin de santé au travail que je suis, est essentiellement confronté à deux situations dans lesquelles la douleur peut empêcher le travail : lors d’une visite de reprise après une lombalgie ou ce qu’il est commun d’appeler « un trouble musculo-squelettique » ou TMS ; lors d’une expression de douleurs multiples appelées fibromyalgie.

C’est le premier point, le plus courant au quotidien, hélas, que je traiterai.

Les TMS recouvrent un large éventail de maladies touchant les tissus mous  à la périphérie des articulations, résultant d’un déséquilibre entre les capacités fonctionnelles des personnes et les sollicitations qui apparaissent dans le contexte du travail, le plus souvent, et sans possibilité de récupération suffisante.

Ces affections se manifestent par des douleurs et des gênes dans les mouvements pouvant entraîner un handicap sérieux dans la vie professionnelle, comme dans la vie privée.

Elles constituent la première cause de morbidité au travail, et encore sont-elles largement sous estimées par les statistiques de maladies professionnelles du fait de la sous-déclaration.

Les lombalgies chroniques, dites communes, sont définies par des douleurs de la région lombaire évoluant depuis plus de 3 mois.

Cette douleur peut s’accompagner d’une irradiation à la fesse, à la crête iliaque et ne dépasse en général pas le genou.

Dans un cas comme dans l’autre, les principes anciens qu’il fallait seulement du repos et des anti-inflammatoires ont vécus et des expériences plus récentes montrent qu’il faut au contraire essayer de maintenir le travailleur en activité en aménageant son poste de travail pour lui rendre possible le meilleur pronostic fonctionnel.

Pour le médecin traitant, c’est aussi un problème qu’il rencontre couramment, puisque que lombalgie commune représente environs un patient sur 20 dans sa clientèle.

Ils sont les premiers prescripteurs d’arrêts de travail chez ces patients.  Or, actuellement, il n’existe aucun outil validé d’aide à la prescription d’arrêts de travail et au choix de leur durée.

Récemment, une équipe d’Université de Lyon 1 vient de publier un travail sur les éléments sur lesquels les médecins généralistes se fondent pour prescrire leurs arrêts de travail. 

Pour cela, les auteurs ont utilisé un questionnaire développé par des experts francophones  de médecine générale, de médecine d’assurance et de médecine du travail en collaboration avec des sociologues.

Leurs résultats indiquent que près de 9 fois sur 10, c’est bien la douleur qui est le premier élément qu’ils prennent en compte pour prescrire cet arrêt de travail. Vient ensuite tout ce qui concerne les restrictions à la mobilité (garder la position du corps, marcher, conduire un véhicule, par exemple).

La troisième cause est la présence d’un obstacle  dit environnemental, en particulier un défaut d’adaptation du poste de travail.

Ainsi un cadre souffrant d’une lombalgie aiguë a moins souvent un arrêt de travail par comparaison avec les autres catégories professionnelles. L’évaluation fonctionnelle et contextuelle est, pour les auteurs, probablement un élément décisif de communication entre le praticien, le patient, et les autres intervenants des soins primaires (kinésithérapeutes), secondaires (rhumatologues, médecins de réadaptation fonctionnelle) et de santé au travail (médecins du travail).

La prise en charge personnalisée du patient devrait être fondée sur une décision partagée afin de favoriser la reprise de l’activité professionnelle.

Dans la région brestoise, une expérience de ce style a lieu depuis quelques années entre les médecins du travail du service de santé au travail en Iroise (STI) et un centre de réadaptation située sur la côte Nord du département. Une évaluation partagée entre les médecins du travail et les médecins de réadaptation fonctionnelle aidée des éléments médicaux transmis par les médecins traitants et les spécialistes éventuellement consultés, ainsi que de l’avis des ergothérapeutes a permis ainsi de remettre au travail dans des conditions adaptées à leurs situations, des salariés en arrêts de travail prolongés à cause de problèmes essentiellement lombaires.

Pour l’instant limité au régime général, cette expérience devrait aussi pouvoir être étendue à d’autres régimes de protection sociale.

Quant à la fibromyalgie, dont j’ai parlé au début, elle devra faire l’objet d’un document ultérieur compte-tenu de ses spécificités et de l’approche différente qui en résulte.

Toujours difficile à cerner et à évaluer, la douleur est bien un problème que le médecin de santé au travail rencontre dans son quotidien et qu’il doit pourtant estimer pour pouvoir permettre à la personne atteinte de reprendre sa place au plus vite, parfois au prix d’un aménagement temporaire ou non, dans l’entreprise et dans la vie sociale, surtout dans un contexte économique contraint comme on le connaît actuellement.

 

 

Professeur J.D. DEWITTE

Chef de Service

CHRU Brest

Santé au travail et maladies liées à l'environnement

(c) France Douleurs Février 2015

 

1 : www.Travailler-mieux.gouv.fr/Les-TMS-en-bref, 599.html

2 : BEH thématique, 5-6 / 9 février 2010.

3 : BMC Musculoskelet Disord, 2006 ;14 :7-66

4 Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2014, 75 :270-275.

5 BMJ, 2009, 339 : b3829.

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