FRANCE DOULEURS
FRANCE DOULEURS

Quand l’Art transcende la douleur

La Colonne Brisée, Frida Kahlo

Dans cet article nous vous présentons quelques œuvres d’artistes ayant peint la souffrance de leurs corps et de leurs âmes.

 

Nous souhaitons montrer, de manière tangible et non spécialiste, comment l’Art peut être un moyen d’expression de soi et un soutien dans les épreuves de la douleur.

 

Trois tableaux y sont exposés et analysés succinctement.

 

De manière plus générale, il s’agit d’une présentation de ce que peut apporter l’Art thérapie au soin de la douleur chronique.

 

La Colonne Brisée

 

Ce tableau est l’œuvre de Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine ayant vécu au début du 20e siècle.


La colonne brisée, exprime la douleur de l’artiste : « Je ne suis pas malade.

 

Je suis brisée.

 

"Mais je me sens heureuse de continuer à vivre, tant qu’il me sera possible de peindre".

 

Dans cet autoportrait, Frida Kahlo exprime l’état de son corps qui fût fracturé dans un accident de voiture.

  

Le tableau suggère un mélange de souffrance, de féminité et de force.

 

Le corps du personnage est fendu et enserré dans un corset, des clous y sont plantés comme d’innombrables piqûres et des larmes ruissellent sur le visage.


Autour, le paysage est désert et peint en couleurs acides.

 

La colonne vertébrale est figurée par une colonne d’aspect antique et brisée, comme un monument en ruines.

 

La féminité du personnage est pourtant évidente : longue chevelure, drapé blanc, peau lumineuse et poitrine délicate.

 

Le style ionique de la colonne (évoquant selon Vitruve, la délicatesse et la grâce du corps de la femme) est un élément important de la composition du tableau : la féminité est mise à mal par les fractures et la douleur.


La colonne, élément de structure et d’appui, est brisée mais la posture du personnage est droite, le menton fier, le regard direct et l’expression volontaire.

 

Cet ensemble évoque la force du caractère du personnage et sa dignité dans cette épreuve de souffrance.

 

L’utilisation du langage pictural pour décrire et exprimer des sentiments, des sensations, est immensément plus riche que celui des mots.

 

Pour dire les choses, nous sommes parfois à cours de paroles, et même les métaphores les plus recherchées ne suffisent pas pour transmettre notre émotion.

 

Le langage des traits et de la couleur permet cela.

 

Il emprunte d’autres voies : symbolisme des couleurs, des textures, des formes, références culturelles, l’expression des visages…

 

Il permet une compréhension globale et instantanée. Les détails de l’œuvre s’analysent, dans un second temps et viennent enrichir la composition pour donner encore plus de force au message.

 

Par bonheur pour tous les humains que nous sommes, ce langage n’est pas un privilège d’artiste confirmé.

 

Rappelons-nous la richesse et la sincérité de nos dessins d’enfants.

 

Souvenons-nous de l’expression artistique des premiers humains, avant le langage articulé et l’écriture.

 

Au delà de la performance technique, ils manifestent la volonté d’extériorisation des idées, des sentiments, des émotions; c’est une des formes de l’Art.

 

Alors, quand les mots manquent pour dire sa souffrance, tout être humain possède en lui la force de transcender sa douleur en art.


Cela peut être la peinture, le dessin, la photographie, le chant, la musique, le théâtre…

 

A chacun de sentir en lui-même quelle manifestation de l’Art lui est la plus proche.

Continuons dans l’Art pictural pour découvrir deux œuvres d’artistes inconnues.


L’une de ces femmes est américaine, l’autre est australienne.


Un océan les séparent et pourtant elles possèdent quelque chose en commun : toutes deux souffrent de douleurs chroniques.


Elles ont choisi le langage de la peinture et du dessin pour décrire leurs sensations, ici l’enfermement.

 

Les images ont été publiées par le site américain pain exhibit, dont le propos est de permettre aux personnes souffrant de douleurs chroniques de diffuser leurs œuvres et de toucher un monde qui leur est le plus souvent inaccessible.

Living With Chronic Illness And Pain (Vivre dans la maladie et la douleur chroniques)Judith Rose, Californie, USA

Living With Chronic Illness And Pain (Vivre dans la maladie et la douleur chroniques) Judith Rose, Californie, USA, Aquarelle sur papier


Ce tableau représente l'isolement et l'emprisonnement que nous ressentons, nous qui vivons dans la maladie et la douleur chronique.

 

Nous voyons et nous entendons ce que le monde extérieur offre mais nous sommes cloués à nos maisons et à nos maladies. Nous sommes souvent incapables de prendre part à des activités en dehors de notre chambre de malade.

 

Cela nous rend tristes, déprimés, sans espoir, et sans défense.

 

Par le contraste de deux univers séparés par des barreaux de prison, ce tableau représente la vie disloquée de l’artiste.

 

La douleur et la maladie n’y sont pas figurées de façon explicite mais manifestées par la composition du tableau.

 

Le monde extérieur ensoleillé, aux couleurs vives, peuplées d’oiseaux, d’une végétation luxuriante et de fleurs suggère la vie telle qu’elle est rêvée par l’artiste.

 

Le monde intérieur dans lequel est enfermé le personnage est aseptisé, gris, et éclairé par une pâle lumière artificielle. La froideur de cette prison en même temps que sa large ouverture sur une nature inaccessible évoque aussi le cynisme et le manque d’humanité parfois reproché au monde médical.

 
Les mains du personnage, féminin et peint de dos, sont accrochées saisissent les barreaux de la prison.

 

On ne sait pas bien si le personnage se raccroche aux barreaux (donc, à la vue du monde extérieur) pour tenir debout, ou bien s’il tente de les arracher pour sortir.

 

Sur des feuilles de papier des valeurs sont inscrites : famille, amis, carrière, foyer, indépendance, compte bancaire, rêves, voyages, espérances, amusement. Ses feuillets bien visibles témoignent de leur importance aux yeux du personnage mais ils traînent par terre car il ne peut plus en prendre soin.


La douleur est évoquée par l’attitude voutée du personnage qui semble avoir de la peine à tenir debout.

 

L’intérieur sombre aux lignes dures révèle aussi les souffrances de l’artiste. La peine, la vulnérabilité sont visibles aux habits ternes et mous et aux cheveux plats du personnage.

 

Néanmoins, un espoir persiste : la lumière qui éclaire la scène est en priorité celui de l’extérieur, du soleil car l’ombre du personnage est portée derrière lui.

 

Les feuillets jonchant le sol sont encore blancs et lisses.

 

Ils pourraient en effet être froissés, racornis, piétinés.

 

Or, il n’en est rien.

 

Les mains du personnage sont fermement agrippées aux barreaux.

 

Il y a un espoir, une flamme vacillante mais bien réelle que l’artiste exprime, peut-être malgré elle, au travers de son tableau et que la pratique de l’Art lui permet de conserver.

Submerged (submergée) Tarsha Gregor, Australie

Submerged (submergée) Tarsha Gregor, Australie

Esquisse au crayon

« Quand ma douleur monte je suis submergée dans sa dureté »

 

La composition et la réalisation technique de ce dessin révèle exactement ce que l’artiste a voulu transmettre : la submersion, la souffrance et la dureté (il faut noter que le terme exact employé est « solidness » qui peut se traduire par solidité, dureté, compacité…etc.).


Impression de submersion : on ne voit que la partie supérieure du visage et les cheveux du personnage dans un décor vide.

 

La masse dure recouvrant le personnage semble monter en spirale.


Impression de souffrance : les yeux sont vides et déformés et regardent fixement l’observateur dans une expression d’impuissance.


La bouche ne peut rien dire car elle est masquée par la submersion.

 

Pris dans cette masse douloureuse, le nez ne sent plus que la douleur, les yeux sont vides, déformés et montrent une expression d’appel à l’aide, ils crient le désespoir.


Impression de dureté : C’est l’utilisation du crayon pour des teintes grises qui donne une impression implacable. Les traits sont marqués, notamment ceux du visage.


L’ensemble du dessin est à la fois balafré et maculé de taches sombres.


Ce dessin témoigne d’une grande détresse.

 

Le personnage semble aspiré par la souffrance et en attente d’une main tendue.

 

Son regard est désespérément accroché à celui de l’observateur et tente de lui transmettre un message : « je suis là, attends-moi, tiens-moi la main où je me noie »

 

 

Dans la joie ou dans la peine, quel que soit l’état dans lequel nous nous trouvons, nous ressentons le besoin de nous exprimer et d’être compris.

 

L’Art est un vecteur fabuleux de l’expression de soi. Il permet de projeter ses difficultés sur un autre support que soi-même et durant la création artistique, le temps et les tracas sont suspendus.

 

Certains le pratiquent chez eux, par goût, sans connaître la théorie de ses bienfaits.

 

D’autres le pratiquent de manière encadrée et accompagnés par un professionnel.

 

Ce professionnel est compétent dans l’art qu’il propose.


Il est aussi, et surtout, compétent dans l’accueil et la prise en charge des personnes en souffrance : c’est l’art-thérapeute.

 

Nous avons présenté dans ce court article des œuvres réalisées à la peinture et au crayon.

 

Mais l’art humain est beaucoup plus vaste : bienvenue dans le monde de l'art-thérapie que nous allons découvrir ensemble.


Christine Gimeno-Gilles

(c) France Douleurs Avril 2014

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